La danse du vent – Mémoire

par Moue

Il existait une petite bouche, qui contenait assez de place pour un petit bout d’atmosphère. Ce petit bout d’atmosphère était le témoin silencieux de l’histoire de la petite bouche : de ses cris, de ses soupirs, de ses éclats de joie, de ses paralysies.

À l’aube du dernier jour de la petite bouche, le petit bout d’atmosphère s’en échappa. Il contempla l’aurore, il effleura le sel sur la petite bouche. Il lui adressa cette pensée :

Tu étais éphémère, petite bouche. Mais je garde avec moi la mélancolie que tu hululais certaines nuits, tes chants sur la grandeur du ciel et la petitesse de la vie, l’haleine alcoolisée de tes soirs insouciants, tes sourires et tes moues, les piques envoyées au garçon qui te faisait rire, ses mots de toutes les couleurs qui te laissaient bée, la chaleur lorsqu’il t’approchait et le nom que tu chuchotais, tout cela je l’emporte comme une ultime trace de ton existence dans l’Univers.

J’étais ton dernier souffle, petite bouche. Mais je serai aussi ta mémoire, suspendue quelque part entre la matière et la lumière.