Mes mots rient

Écrits, songes et correspondances

Category: Et la poésie bordel ?

Nous n’irons pas à Rome

par Ka

Nous n’irons pas à Rome
La table est d’un bleu écorché
Avec les restes du diner
Un cœur en miettes
J’ai tracé

Dans le cendrier j’ai trouvé
Les mots tus et les mots tués
Les murs où s’éclataient les rires
Ont la couleur de la vie, sales.

La vaisselle dort

La fenêtre flotte

Dans le noir, toutes les lumières tardives sont des ports.

Nous n’irons pas à Rome
La table est d’un bleu écorché
Avec les restes de joie
Je me suis assise

J’ai joué ma peine aux dés.

Ici

par Ka

J’habite un pli.

J’habite ce pli.

Celui que tu maudis

Et je t’écris d’ici.

Avec l’eau de tes pluies

Je suis ici.

Sur le sable mouillé

Dans la valse froissée

Des clapotis taris je suis.

Je suis dans ma maison

Je suis dans mon logis

Je suis avec le monde

Qui, ici, s’est écrit.

Et je t’écris,

D’ici.

Maroquinerie

par Ka

J’ai un crapaud en poche

Prince en bouton

Métamorphose de saison

Cuir vermillon pour princesses de pavillons

Il y a quelque-chose qui cloche

J’ai un crapaud en poche

Les fées agonisent

Effet de crise

Dans les bourses tournées en églises

L’eau encore

Se change en or

L’alchimiste

Ne sait plus conter

 

On ne fait que compter les morts.

Tu vas bien ? Ici il pleut.

par Ka

Tu vas bien ?
Ici il ne pleut plus.
L’air est humide
Ca colle
Il ne pleut plus la terre
Monte dans l’air
La terre porte

Promets-moi
Promets-moi
Sans que la voix s’emmêle
Juste pour faire flotter les lèvres
Dans l’espace entre

Une fleur gonflée
Qui bat

J’ai croisé ton coeur ce matin.
Je ne m’entends plus penser.
Tout va bien.

La pluie reprend
Ici.

Vampire

par Ka

Vampire
Nourris toi de mon sang
De ma vie
Élixir
Sans voix
Tel un roi qui
Sans voir amasse
Sans éclat
Jouit
Sans foi
Agit
Cent fois
Sous mon regard
Ta peau a rosi
Cent fois
Tu es née encore
Je t’ai fait don
De mes aurores
Malgré la blancheur
De l’échine l’ogre
Des torrents de Chopin
N’est pas digne
Dans la gorge du cygne
Tout est nuit
La terre un fruit séché
Dont le jus jamais ne jaillit
– jamais ne vautre ! –
Sur tes lèvres scellées
Les mystères enfiévrés
Des bacchantes en cheveux
Et de leurs ventres preux
Tes pieds miment des pieds
Tes yeux imitent les regards des beautés de papier
Et tes ailes sont mortes
Tu n’es qu’une image
Regardée adulée
Captive du miroir érigé par tes vassaux
Ils se gavent les yeux de ce vide
Sans âge
Jusqu’à vomir
Et perpétuent le monstre. Un instant l’aveuglement ressemble à l’envol. Plus la brûlure est profonde plus le sourire est large. La blessure au milieu du visage.

Ballade

par Ka

L’enfant a serré les paupières
Dedans
Il a gardé les yeux ouverts

– Inspire/Expire/Inspire
Bat le coeur

En bas
Le ventre gronde

-Est-ce la peur ?

Ne pas se réveiller
Ne pas tomber hors du rêve
Ne pas laisser s’incarner les chimères

〈 Le son du battement 〉

Toujours

Païennes sont les prières

Se rouler dans la nuit
Comme dans l’herbe du jour
Fraîche
Perle sur la peau sèche

Le vent s’épuise
Le vent se pose
Tremblent les roses
Veille le réverbère
Aujourd’hui,
Le chien n’aboie pas
L’herbe est bleue
L’eau s’épelle
A revers de soleil
S’assoir avec la lune

Serrer plus fort.

Le monde est tout entier en son silence
Avant le vide

Te souviens-tu ?
Le craquement des chrysalides
Le poids de l’aube

En pelote contre le brouillard
A contre voeu

_ Roulez, roulez histoires
dans la bouche des vieillards ! _

L’écorce avait grandi.

Il a serré les poings.
C’était un lundi.

Zéphyr

par Ka

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Sacré

par Ka

Je crois au vent qui fait danser le fleuve

Aux regards audacieux et aux mains maladroites

Aux cœurs qui cognent et aux mains moites.

Au café du matin.

Aux ombres qui se confondent quand la journée s’éteint

A l’odeur de l’automne, juste avant qu’il ne pleuve.

Aux frissons, aux rires fous

qui, chauds et salés nous roulent sur les joues.

Aux refuges de chair

Aux nez froids de l’hiver

qui guérissent dans les cous.

Je crois aux transes, aux peines

Qui court sur nos pores

Aux extases sonores

Et au chant des baleines.

A la buée

Vapeur de nos soirées d’ivresse

écran de liberté

Où dimanche paresse.

Je crois aux premières fois

Aux ébats, aux débats qui ne connaissent loi

Aux zincs usés

Par des coudes familiers

Foyers de nos joyeuses pagailles

Et au murmure grisant que font les certitudes quand elles vacillent.

Je ne cherche pas le sacré. Il est là.

Le perce-neige

par Thanh

Le monde ? Un désert blanc.
Drapé d’une fine et poudreuse pellicule de neige,
Il témoigne d’un millénaire sans soupir.
Des histoires sont nées ici-bas.
Des histoires ont été oubliées.

Puis.
Un fragment de néant s’était pris l’envie d’être.
Il murmura ces mots portés à la surface par le magma.
Le souffle solitaire attendait son prochain.
Une intention se devinait. Une pensée de chair.
Une envie; puis l’air.
L’ère du perce-neige.

pauline-julien-perce-neige


Publié également chez Sutekidane.

La serpillière et l’étoile

par Olivier Ramonteu

Il pourrait y avoir un jour comme ça, où une serpillière rencontrerait une étoile. Mais la serpillière voyez-vous, elle aurait des émotions. Presque des sentiments. Et quand l’étoile s’éclipserait, la serpillière se mettrait à pleurer. Enfin, pas réellement à pleurer. C’est une serpillière. Mais plutôt à relâcher des flots d’eau flétrie sur un sol boueux et lourd. Et là on resterait le souffle court. Attendant, espérant le retour de l’étoile.

(Ballet pour quelques poussières d’étoile, sans spectacle ni musique)